Gouverner les catastrophes. Politiques, savoirs et organisation de la gestion des catastrophes en Afrique du Sud.
Soutenance de thèse de Lydie Cabane - 21 décembre 2012
Thèse pour le doctorat de sociologie, Sciences po Paris

Lydie CABANE, Gouverner les catastrophes. Politiques, savoirs et organisation de la gestion des catastrophes en Afrique du Sud . Thèse pour le doctorat de sociologie, Sciences po Paris, soutenue le 21 décembre 2012, 480p.

Sous la direction d’Olivier Borraz (CNRS – Centre de Sociologie des Organisations).

L’objet de cette thèse est de montrer comment s’élabore un gouvernement des catastrophes en Afrique du Sud à travers le développement d’instruments, de savoirs et d’une profession qui outillent et opérationnalisent l’État, construisent un secteur d’intervention, et orientent par là le sens des catastrophes. La thèse retrace l’émergence d’un souci des catastrophes avec la défense civile, qui constitue les catastrophes en objet d’intervention pour l’État à travers l’élaboration de techniques de planification de l’urgence et la formation d’une profession dans les années 1980, en lien avec la sécurisation de l’État au moment de la répression de la lutte anti-apartheid. Les reconfigurations de la politique au moment de la démocratisation en 1994 s’opèrent en conjonction de transformations globales qui, au même moment, promeuvent des modèles de « gestion des risques de catastrophes ». Pour expliquer la transformation conséquente de l’État, la thèse montre l’importance des circulations des experts, des savoirs et des instruments, mais aussi leur localisation, par un processus d’« académisation » qui ancre les sciences des catastrophes dans l’université. Ces dernières contribuent à redéfinir les catastrophes comme des risques affectant les populations vulnérables, et par leurs savoirs, réorientent l’action de l’État. Ces nouveaux outils, savoirs, et politiques participent à la mise en place d’un État protecteur des populations « vulnérables », mais dont l’étendue demeure limitée par les contradictions politiques de l’État post-apartheid, les contraintes bureaucratiques des gouvernements locaux ainsi que les reconfigurations de la profession.

Mots clés : Risques, catastrophes, État, science, internationalisation, Afrique du Sud, politique publique, profession, organisation, crise, migration, vulnérabilité, défense civile.      

This dissertation analyses the making of a government of disasters in South Africa through the development of instruments, knowledge, organisations and professions that rendered disasters governable and operationalized the state. This process finds its origins in the rise of civil defence from the mid-20th century, that constituted disasters as an object of intervention for the state through emergency planning techniques as well as the formation of a profession in the 1980s to protect the state and its critical infrastructures from anti-apartheid protests. In 1994, the conjunction between the democratic transition and simultaneous global transformations that were promoting models of “disaster management”, led to re-orientate the way disasters were governed through the circulation of experts, knowledge and policy models. The institutionalisation of disaster management within the state, its local organisations and the profession participated to reshape the form and the extent of the state. Notions of risk and vulnerability came to redefine political relations between the state and citizens, by circumscribing new objects of protection and designing “vulnerable population” as beneficiaries of the benevolence of the state. This reconfiguration is intertwined with a parallel process of “academisation” of the knowledge on disasters and the making of a new discipline. Disaster science mobilized to define and describe vulnerabilities, though it is caught in a never-ending conflict with professionals and the state on the operationalisation of this new understanding of disasters. This conflict shapes the government of disasters and reveals contradictions within the state.

Key words : Risk, disaster, state, science, internationalisation, South Africa, public policy, profession, organisation, crisis, migration, vulnerability, civil defense.