Séminaire 2012-2013 - séance du 14 décembre 2012
Sciences et désastres

Les catastrophes sont un objet d’étude pour de nombreux scientifiques, dans les domaines des sciences de la terre, des sciences de l’ingénieur mais aussi des sciences sociales. On assiste au cours du XXème siècle à l’émergence de véritable sous champs disciplinaire : disasters studies, disasters sciences… Or cet « équipement » scientifique des catastrophes répond à de nombreux enjeux : politiques, militants, scientifiques, sociaux, économiques, personnels…

Dans un premier temps, l’objectif de la séance est de donner à voir comment cet équipement s’est élaboré, notamment dans la perspective de la construction d’un problème public international. Les deux présentations s’intéresseront respectivement au rôle de la sismologie dans l’internationalisation des catastrophes à partir des années 1970 et aux concurrences entre sciences « dures » et sciences sociales dans ce processus ; et à l’émergence d’une disaster science ancrée dans les sciences sociales en Afrique du sud dans les années 1990 et aux interrelations de ces sciences avec les transformations politiques du pays. En s’interrogeant sur les trajectoires des acteurs, les outils mis en place, les inscriptions disciplinaires et les concurrences de savoirs, on cherchera à saisir comment une ou des sciences des catastrophes ont émergé.

Dans un deuxième temps, la réflexion se prolongera sous le format d’un atelier – étude de cas à partir de présentations qui interrogent la politique de prévention du risque inondation en France à l’aune de ses relations avec plusieurs mondes scientifiques (sciences expérimentales versus sciences sociales) ou de recompositions de l’expertise (nouvelle évaluation du risque dans le cadre d’une directive européenne). La particularité de l’atelier vient du fait que les deux présentations et la discussion seront conduites par des ingénieurs devenus chercheurs en sciences sociales et qui par conséquent intéressent également de par leur parcours une sociologie des sciences mobilisée sur l’objet des politiques de prévention.

Le pari de la séance est que l’exercice réflexif conduit l’après-midi par les ingénieurs chercheurs sur la prévention des inondations fasse écho aux travaux présentées le matin sur l’influence des sismologues et ingénieurs sismiques ou de chercheurs en sciences sociales dans la structuration des disaster sciences au niveau international.

Programme

9h30-13h
Sandrine Revet, anthropologue, CERI/Sciences Po
« Équiper les catastrophes. Sciences de la terre et sciences sociales au chevet des catastrophes naturelles »

Lydie Cabane, sociologue, doctorante Sciences Po – CSO
« Science et mise en risque : les disaster sciences en Afrique du Sud »

Discussion Jean Foyer, chargé de recherche CNRS, Institut des Sciences de la Communication (ISCC)

13h 14h30 : déjeuner

14h30-18h
Julien Langumier, ethnologue, chercheur associé laboratoire RIVES UMR EVS
« L’évaluation du risque d’inondation dans la mise en oeuvre d’une directive européenne : retour sur une production méthodologique en rupture avec la politique publique nationale de prévention »

David Goutx, science de gestion, doctorant ENGREF - CERSES (Paris-V)
« Quand l’information préventive bute sur les difficultés d’appropriation de l’expertise : analyse comparée de l’hydroinformatique (hard science), avec l’histoire analytique et la géomorphologie (soft science). »

Discussion : Gabrielle Bouleau, ingénieure-chercheuse en sociologie politique, IRSTEA - Bordeaux

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Séance 14 décembre - Sciences et désastres